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Hugo de la nuit

Publié le par Za

Hugo de la nuit

Alors, le nouveau Santini, il est comment ?
Parce qu'on en est là. Depuis le Yark, Jonas ou le Journal de Gurty, on sait que cette seule signature est la garantie d'un excellent moment passé avec un livre comme un rendez-vous avec un excellent ami.
Commençons par la couverture. Elle est pas magnifique, la couverture ? Ces couleurs, ce dessin en ombres chinoises, délicat comme pas deux. Et ce fronton orné d'animaux nocturnes élégants, souligné d'une lampe/lune inattendue, c'est pas une splendeur ? Un véritable écrin ?

Hugo de la nuit

Mais je digresse, je préambule. Alors tout d'abord, sachez que votre dévouée Za n'a pas du tout la culture du film / du livre qui fait peur. Mais alors pas du tout. Et ce simple détail de la couverture aurait suffi, en d'autres temps, à me refroidir.

Hugo de la nuit

Mais je te suis, ô lecteur, toute dévouée - c'est écrit plus haut. Alors, j'ai bravé ma peur de la-main-crispée-crochue-qui-sort-du-sol et j'ai ouvert ce roman. Pour ne plus le refermer.

Hugo aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d'un fantôme. L'enfant n'éprouvait pourtant qu'un sentiment d'abandon, tout au plus teinté d'une vague appréhension.

Hugo est un garçon de douze ans moins un jour, entouré de parents, d'une nourrice (grandiose), d'un chien, d'amour. Mais, car il y a un hic, voilà qu'une sombre - mais alors très sombre - affaire fait exploser la quiétude provençale et l'embarque - et nous avec - dans un tourbillon fantastique au sens propre du terme.
Vous avez lu L'étrange réveillon, un album de Bertrant Santini et Lionel Richerand, dans lequel des fantômes excessivement sympatiques sont invités à un banquet de fête ?

Hugo de la nuit

Eh bien, j'ai eu la très agréable impression des les retrouver, ces spectres. Mais en mieux. Je serais tentée de dire en plus vivant, s'ils n'étaient aussi franchement décédés. Ils sont magnifiques, ces fantômes : amoureux, touchants, truculents, tordants, un peu foldingues, terriblement savoureux. Ce sont eux, les véritables héros de ce roman. Bertrand Santini leur offre des chapitres d'une fraicheur jubilatoire. Chacun d'eux est traité par leur auteur avec bienveillance et amicale moquerie. Mention spéciale au Père Poudevigne, mon préféré...

"Benezet Trophime, dit Père Poudevigne. Disparu le 1er Aprilis 1503 à l'âge de quarante et un ans !
Cause du décès : Mort par noyade dans un tonneau de vin blanc."

Chacun de ces fantômes est une histoire en soi. Nicéphore, Dame Betti, Gertrude, Adélaïde, Cornille, Poudevigne, une petite société de morts s'étripant joyeuse autour d'une hypothétique poêlée de champignons, de scènes de ménage éternelles, de fous rires nerveux, d'amour maternel étouffant. Tout cela rend la mort bien douillette et finalement moins terrible que la vie.
Il y a aussi les zombies, juste affreux comme il faut - j'ai assez bien supporté, merci - avides, goulus, des zombies, quoi.
Au jeux des références, où seul Bertrand Santini aurait le dernier mot, derrière Kubrick, Shakespeare, Scoubidou, Gremlins, et d'autres choses horrifiques que je me refuse à entrevoir, il me vient encore un auteur qui m'a sauté aux yeux, à la mémoire, au coeur, avec ce passage :

En reprenant de l'altitude, il aperçut sa maison. "Qu'elle est petite !" songea-t-il, presque dans un rire. "Comment ai-je pu tenir là-dedans ?"

Allez, je vous raconte ma vie cinq minutes. Quand j'étais petite, il y avait chez moi un gros coffret de 33 tours (on dit vinyles, aujourd'hui). C'était Les lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, lues par Fernandel. Un chef d'oeuvre d'intelligence. Et de trouille aussi. Qui n'a jamais entendu la fin de La chèvre de Monsieur Seguin par Fernandel ne sait rien des terreurs enfantines et vespérales - parce qu'on n'écoute jamais ce genre de trucs le matin, allez savoir. Et pourquoi La chèvre de Monsieur Seguin ? Pour ça :

Une fois, s'avançant au bord au bord d'un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.
"Que c'est petit ! dit-elle; comment ai-je pu tenir là-dedans ?"

Et puis il y a l'emprunt des noms, comme un hommage, Cornille, Gringoire, ou l'esprit du texte, L'élixir du révérend père Gaucher et Les trois messes basses où le fameux Poudevigne pourrait se balader à l'aise.... Alphonse Daudet donc.
Et puis des noms qui sonnent doucement à mon oreille, Bouffarel - ici bien peu angélique... Et que dire d'Aza, cette merveille de nourrice, de ces gens qui ne peuvent aimer sans rouspéter. Elle, dans mon petit cinéma de lectrice, c'est l'Honorine de Marius - la sublime Alida Rouffe. Ces références ne bouleversont pas le jeune lecteur de 12 ans et + préconisé sur la quatrième de couverture. Mais ils font aussi la profondeur de cette histoire, la manière inimitable de raconter les histoires qui fait la patte de Bertrand Santini.
Alors, oui, Hugo de la nuit est un roman haletant, hilarant, effrayant, mais pour moi, c'est un livre tendre. Tendre comme la chair sous la dent acérée du zombie affamé, tendre comme les engueulades pagnolesques d'Aza, tendre comme une léchouille de Fanette - Gurty, on t'a reconnue !
Donc, pour résumer cette chronique beaucoup trop longue, Hugo de la nuit est désopilant, très bien écrit, flippant, terriblement attachant. Lisez-le ! Et comme ce samedi c'est la  Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, achetez-le ! 

Hugo de la nuit
Bertrand Santini
Grasset Jeunesse, avril 2016

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un éléphant à New-York

Publié le par Za

un éléphant à New-York

Forcément, quand John découvrit un éléphant en sortant de chez lui, il fut étonné. un peu plus que ça même. un éléphant dans les rues de New-York, c'était impossible.

Un éléphant à New-York est un album immersif. Évidemment, il y a le grand format, les doubles pages majestueuses, la grosse bestiole tranquille, la ville surdimensionnée. Rien que le titre, Un éléphant à New-York, ça vous pose immédiatement un alboume dans le grand, l'imposant.
Le texte de Benoît Broyart, tout de phrases courtes et percutantes au début de l'histoire, se calque parfois sur le rythme pépère de l'éléphant en balade. Et quelle balade ! A mi-chemin entre rêve et réalité, dans un New-York sans cesse réinventé, on croise Marylin, Superman, des new-yorkais affairés, des joggers à Central Park, une curieuse parade sur le pont de Brooklyn.
L'illustration fait alors un pas de côté par rapport au texte. Ce décalage, parfois imperceptible fait accepter l'impossible : un éléphant envahissant le paysage new-yorkais ou s'y fondant l'air de rien.

un éléphant à New-York

Mais c'est aussi dans l'impalpable que ce livre fait mouche. Dans les regards si caractéristiques des personnages de Delphine Jacquot, les yeux comme cernés de khôl, les regards précis dont on suit la trajectoire jusqu'au bout, ou les paupières baissées de ceux qui sont perdus en eux-même. Il y a aussi les profils de miniatures indiennes qui, par contraste, rendent les visages de face si intenses.

un éléphant à New-York

On ressort de cette histoire d'ami imaginaire hors norme comme on s'éveille d'un rêve agréable, avec une sensation de douceur, d'apaisement.

Un éléphant à New-York
Benoît Boyart & Delphine Jacquot
Seuil Jeunesse
octobre 2015

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PAS DE CABAS SANS SOUPE !

Publié le par Za

Que serait le Cabas sans la Soupe ?
Un panier vide.

PAS DE CABAS SANS SOUPE !
PAS DE CABAS SANS SOUPE !

Quand le Cabas n'était encore qu'un blogounet de rien, je lisais avec gourmandise les chroniques des libraires de la Soupe de l'Espace, Mélanie et Jean Pichinoty. J'y ai découvert ce qu'était l'album jeunesse dans son audace et sa modernité. Et j'en ai fait, grâce à eux, des trouvailles, des rencontres virtuelles puis bien réelles ! Pour ceux qui me connaissent un peu, imaginez ce que je leur dois...
Charles le dragon - et son tonitruant illustrateur, c'est chez eux que j'en ai entendu parler pour la première fois ! Et le Yark - accompagné de son sinistre auteur, ce sont eux qui, les premiers, ont alerté les populations ! Et je pourrais encore allonger la liste...

exposition de Judith Gueyfier

exposition de Judith Gueyfier

Mélanie et Jean sont des guetteurs toujours à l'affût, des militants du livre, de l'image, du beau, du juste, du drôle et de l'humain. Ce qui ne va pas sans énervements, emballements, bonne et mauvaise foi, parti pris assumé. Rencontres, dédicaces, la Soupe de l'Espace est un lieu d'échange et de discussion, une oasis dans l'air du temps.
La Soupe connaît aujourd'hui des difficultés financières qui, si elles ne sont pas nouvelles, n'en sont pas moins cruciales. Au point de fermer boutique. Nous aurions tous beaucoup à perdre si la Soupe devait cesser ses activités. Comme ailleurs en France, ici se joue une partie de l'avenir de la librairie indépendante. Et le rayonnement de celle qui nous occupe va bien au-delà de Hyères et du Var. Il faut voir nos Cuistots au Salon de Montreuil, remplissant leur agenda, happés par l'un, reconnus par l'autre, et tout ça ponctué d'éclats de rire.

Anaïs Massini , Gilles Bachelet

Anaïs Massini , Gilles Bachelet

Paul Echegoyen, Delphine Jacquot
Paul Echegoyen, Delphine Jacquot

Paul Echegoyen, Delphine Jacquot

Alors, soyons clairs :
je refuse tout net que l'odyssée de la Soupe de l'Espace s'arrête !
Et vous aussi.

Si chacun, chacune lui donne un coup de louche,
la librairie pourra poursuivre sa mission, en mieux même !
Pour cela,
rendez-vous sur Ulule pour participer au financement de l'avenir de la Soupe !

Vous me feriez tellement plaisir...

Vous me feriez tellement plaisir...

Et si vous êtes dans la région, petits veinards, réservez votre samedi prochain !

PAS DE CABAS SANS SOUPE !

Publié dans in my heart, albums

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Aujourd'hui, Amos

Publié le par Za

Aujourd'hui, Amos

Voici un texte.
Non pas que je minimise l'impact des images de Janick Coat. Loin de là. Mais la musique du texte d'Anne Cortey saute immédiatement aux oreilles.

Un voile de brume
s'est abattu sur la maison.
Au-delà du marronnier,
Amos ne voit plus rien.
La maison est repliée sur elle-même.
Le blanc a chassé les reliefs.

Un petit format carré, discret, le genre qui se glisse partout, sur lequel on retombe par hasard au détour d'un magazine ou d'une pelote de laine - je vis dans un certain désordre, que je qualifierai évidemment de créatif.
Amos appréhende le monde en candide généreux. Il vit chaque instant avec cette dose de naïveté, de perplexité qui le conduit tout naturellement à une vision poétique des choses. Le hibou sert ici de contrepoint et révèle, en l'admirant, la particularité d'Amos.

Amos se tient devant la fenêtre.
Il ne bouge pas, il attend,
il ne sait trop quoi.
Il attrape son carnet et se met à écrire.
"Le brouillard a réveillé l'ennui.
Il faudrait un balai pour le chasser."

Les paysages de Janick Coat sont à la fois étranges et familiers. Amos y balade tranquillement son petit air perpétuellement étonné, sa bouille irrésistible - ah, le bonnet à rayures...

Aujourd'hui, Amos

(J'ajouterai également une mention spéciale pour l'épatante cagoule du hibou dont on imagine sans peine qu'elle gratte un petit peu.)

Aujourd'hui, Amos

La maison est un hâvre douillet, tout en rondeurs, sans un angle droit qui heurte. L'économie de la couleur, le velouté du crayon, tout concourt à donner au lecteur l'envie irrépressible d'une poêlée de champignons au coin du feu.

Aujourd'hui, Amos

Tout d'abord édité par les très regrettées éditions Autrement Jeunesse, Amos trouve aujourd'hui chez Grasset un écrin sur mesure.

Aujourd'hui, Amos
Anne Cortey & Janick Coat
Grasset Jeunesse, 2016

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La belle et le fuseau

Publié le par Za

La belle et le fuseau
La belle et le fuseau

Ils avaient des noms, ces nains, mais les êtres humains n'étaient point autorisés à les connaître, ce genre de choses étant sacrées.
La reine aussi avait un nom, mais par ces temps on ne l'appelait plus que Majesté. Les noms n'abondent pas dans ce récit.

- Deux contes revisités avec intelligence pour n'en faire plus qu'un...
- Normal. Neil Gaiman transforme en intelligence tout ce qu'il touche comme l'autre, dont j'ai oublié le nom, le faisait avec l'or.
- Midas.
- ?
- Celui qui transformait ce qu'il touchait en or. Deux contes, donc. La Belle au bois dormant, bien sûr mais aussi Blanche-Neige, l'héroïne de cette histoire vénéneuse, accompagnée de trois des nains.
- Mais quelle Blanche-Neige ! Guerrière en armure, qui n'hésite pas à planter là son prince, la veille de leur mariage, pour courir l'aventure.
- Pas sûre d'ailleurs, que ce mariage l'emballe vraiment.
- Je ne te le fais pas dire !

La belle et le fuseau

- Tous les éléments du conte classique sont là : le château entouré de ronces, une vilaine sorcière super maléfique, un fuseau... Et puis le conte prend des chemins de traverses. Neil Gaiman le tord allègrement pour en faire une histoire originale et ébourriffante.
- Et Chris Riddell, dans tout ça ? Parce qu'on parlait d'or, tout à l'heure...

La belle et le fuseau

- De l'or, il y en a ! Dans les doigts de Chris Riddell, dans son oeil. Des images vertigineuses, noir et blanc, trouze milliards de petits traits (je suis fasciné par les petits traits et l'art si subtil de la gravure), et quelques touches d'or comme autant de points d'exclamation. Sa reine n'échappe pas aux stéréotypes cependant. Je lui ai trouvé un petit air de Lara Croft - le costume moulant sur des jambes interminables.
- Pfff, jalouse...

La belle et le fuseau

- S'tu veux, et j'admets que c'est aussi ce qui donne au conte cette allure moderne. Mais ce serait ma seule micro-réserve parce que pour le reste, c'est du grand art, de l'envoûtement. Les personnages ont autant de relief dans le texte que dans le dessin.

La belle et le fuseau

- Alors, conclusion ?
- Alboom !

La Belle et le fuseau
(The Sleeper and The Spindle, 2013-2014)
Neil Gaiman & Chris Riddell
traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel, 2015

 

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Auprès de La Fontaine...

Publié le par Za

Auprès de La Fontaine...

Et de trois ! Après Il était une fois... et Autrefois l'Olympe..., voici Auprès de La Fontaine, troisième opus de recueil d'haïkus d'Agnès Domergue et Cécile Hudrisier. Objet précieux au dos toilé, petit format élégant. Les contes, les mythes, les fables, la trilogie parfaite.
La Fontaine, donc. Des fables archi-connues, d'autres moins. Certains haïkus vous paraîtront transparents, d'autres vous pousseront à aller voir plus loin. Evocations et devinettes, à mi-chemin entre la poésie et le jeu.
Le trait de Cécile Hudrisier se pare parfois d'atours japonisants, comme pour se mettre à l'unisson de la forme du texte. Ce héron...

Auprès de La Fontaine...

Au menu du jour
limaçon sur un caillou
Oh ! Le bec dans l'eau

L'illustration si délicate frôle parfois l'abstraction. Chaque image est un monde en soi, mouvement et lumière.

Auprès de La Fontaine...

Un monde dans lequel, comme chez La Fontaine, le renard est particullièrment soigné...

Auprès de La Fontaine...
Auprès de La Fontaine...

Croissant de lune
seul au sommet de son arbre
croassant de honte

Il y a de la malice dans les mots d'Agnès Domergue.  Elle tisse une connivence avec le lecteur adulte qui fouille dans ses souvenirs d'écolier, puisque c'est l'essentiel qui reste - le parfum, la silhouette, une impression ravivée par ces trois lignes avares de mots, mais si riches de réminiscences. La recherche, la découverte de l'animal entrainera les plus jeunes dans un aller-retour texte/image puis, sans doute vers les textes originaux, à disposer non loin du lecteur - ceci étant également valable pour le lecteur adulte, bien entendu.
Ce recueiil, solaire et lumineux, est un magnifique portrait des fables de La Fontaine mais se suffit aussi à lui-même, image et texte en parfait contrepoint.

Auprès de La Fontaine
Fables en haïku
Agnès Domargue & Cécile Hudrisier
éditions Thierry Magnier, 2016

 

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au creux de mon arbre

Publié le par Za

Au creux de son arbre, Hibou se réveille
Du long sommeil de l'hiver.

au creux de mon arbre

Mais que voici un nouveau préssieux ! Fracture immédiate de la rétine, plongée en apnée dans le beau, l'évident. Le chemin des saisons autour d'un arbre, rien de très nouveau, direz-vous... Eh bien, défourez-vous le doigt de l’œil immédiatement et ouvrez-le. L’œil.

au creux de mon arbre
au creux de mon arbre

Ce ne sont que merveilles galopantes, virevoltantes, floconnantes. Le hibou veille, seul bien à l'abri au creux de son arbre. Et autour de lui s'écoule l'année, immuable mais foisonnante de bestioles en tout genre, de nature joyeuse. Les déoupes laissent apparaitre de nouvelles espèces à chaque page, les familles s'agrandissent, font assaut de facéties. J'aurais une tendresse particulière pour les renards qui occuppent la partie centrale de l'image.

au creux de mon arbre

Et c'est une des manières de lire cet album - qui se passe très bien de son texte, d'ailleurs. S'attacher à une espèce, la voir apparaitre, disparaitre, revenir. Suivre la construction de la toile de l'araignée. La nuit, le jour, l'évolution des couleurs. Les prétextes ne manquent pour revenir en arrière, relire, admirer, et finalement se laisser distraire par un écureuil rigolo.

au creux de mon arbre

Indispensable, vous dis-je !

Au creux de mon arbre
(Tree)
Britta Teckentrup
Hatier Jeunesse
août 2015

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Julia et les monstres perdus

Publié le par Za

Julia et les monstres perdus
Julia et les monstres perdus

La maison de Julie se déplace à dos de tortue (sans doute un clin d'oeil au grand Terry Pratchett) et se pose ce jour-là au bord de la mer. C'est le genre de maison où je me calerai bien pour l'après-midi, à lire avec sa propriétaire.

Julia et les monstres perdus

Mais Julia n'est pas le genre de fille à siroter du thé au coin du feu, il lui faut de l'action, de la compagnie ! Et pourquoi pas la compagnie de monstres ?

Le monstre est un classique de l'album, l'occasion pour le dessinateur de laisser libre court à sa fantaisie. Et de la fantaisie, le talentueux Ben Hatke n'en manque pas ! Ils arrivent donc en rang serré, les gnomes, vouivre, trolls, elfes, bestioles mi-humaines mi-je ne sais pas quoi, et prennent leurs aises dans la coquette maison de Julia qui n'en demandait pas tant. Cette installation est l'occasion d'un joyeux désordre...

Julia et les monstres perdus
Julia et les monstres perdus

Ben Hatke a vraiment le chic pour faire naître des héroïnes positives et inspirantes - ses cinq filles sont à coup sûr une source d'inspiration inépuisable...

Sa trilogie Zita fille de l'espace est devenue un incontournable du Cabas. Julia accompagnera les plus jeunes, les amusera sûrement. Il faut voir avec quelle détermination elle crée l'harmonie entre tous, de quelle manière elle met la différence à profit pour permettre à chacun de trouver sa place.
Cet album réjouissant, plein à ras bord de vie et de mouvement est à mettre entre toutes les mains !

Julia et les monstres perdus
Ben Hatke
Dargaud Jeunesse, 2015

Retrouvez ici le craquage du Cabas et de Fiston 1er
pour les deux premiers tomes de Zita et pour le troisième.

Publié dans albums, Ben Hatke, Dargaud

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le Noël blanc de Chloé

Publié le par Za

Quand on est une petite fille courageuse et futée, rien n'est impossible.

(il est pas beau, le cabas du Cabas ?)

(il est pas beau, le cabas du Cabas ?)

le Noël blanc de Chloé

En cette veille de Noël, il fait chaud à Québec. Tellement chaud que les moufles sont inutiles. Pas le moindre nuage à l'horizon. Rien. Un hiver qui ne vient pas. André Marois aurait-il des dons de voyance, serait-il en cheville avec une super agence méto qui aurait tout prévu ? Allez savoir. Mais tout cela ne fait pas l'affaire de Chloé. Parce que si l'hiver ne vient pas, qui sait si le Père Noël, lui, sera au rendez-vous ? C'en est trop pour la petite fille qui décide d'aller chercher l'hiver où il se trouve, cap au Nord !

le Noël blanc de Chloé

Tout l'imaginaire de Chloé est là, dans ce voyage, embarquée par les harfangs des neiges, comme Nils Holgersson à dos d'oie sauvage. Et la petite fille se démène, traverse l'album avec son manteau rouge, absorbée par sa tâche, courant, sautant, ne délaissant l'action que pour se livrer à  une intense réflexion. La belle (et fausse) simplicité du dessin, le style inimitable d'Alain Pilon, les aplats de couleurs passant du bleu du ciel au noir de la nuit, au blanc de la neige enfin au rendez-vous, tout cela rend le rêve palpable. Car c'est le courage et l'obstination d'une toute petite fille qui ramènent enfin l'hiver, qui remettent un peu d'ordre et de joie dans cette insupportable attente.

le Noël blanc de Chloé

Après Lettres à mon cher petit frère qui n'est pas encore né, Alain Pilon nous offre un merveilleux conte d'hiver, entre rêverie et aventure échevelée.

Le Noël blanc de Chloé
André Marois & Alain Pilon
Grasset Jeunesse
Octobre 2015

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C’est où qu’on crèche ?

Publié le par Za

(Avignon - 2012)

(Avignon - 2012)

S'empoigner autour d'une crèche, si c'est pas une honte... Je sais, il y a d'autres combats plus urgents et celui-ci pourrait confiner au ridicule. D'ailleurs, il l'est. Mais quand même.
Déjà, s’accaparer Jeanne d’Arc, c’était gonflé. Je suis à moitié lorraine et Jeanne d’Arc, elle est un peu à nous, la voir se faire enlever par des gros bras, pauvrette...  Il y a eu le drapeau aussi. On a mis du temps à le récupérer, on l’a bien lavé, mis à sécher, repassé un peu et le revoilà flambant propre, affiché il y a peu sur le mur de ma maison, si on m’avait dit… L’hymne, n’en parlons pas, on avait fait la fine bouche sur certaines paroles, certains couplets - moi la première, et nous voilà à le revendiquer, nom de nom ! Je me disais qu’on en avait fini, qu’on était tranquille, on avait récupéré notre bien commun.
Je me trompais lourdement.
Depuis quelques hivers, la dernière mode, c’est le hold-up municipal des crèches et comme je suis à moitié occitane, comment vous dire...
Des crèches dans les mairies, jusqu'à présent, je n’en avais vu qu’en Avignon, où l’on met en avant le travail des santonniers et où elle est tellement grande et peuplée qu’il faut un bon trois quart d’heure pour trouver le petit Jésus, plus ou moins planqué dans un coin.

(Avignon - 2012)
(Avignon - 2012)

(Avignon - 2012)

Sinon, pour voir des crèches, il fallait aller dans les églises, où est leur place naturelle.
Ou chez les gens.
La crèche, c’est une histoire de famille. Mon grand-père était champion du monde de crèche. Tous les ans, à la maison, on s’escrimait à faire un joli décor, avec de la mousse, du lierre, et c’était toujours un peu minable. Il arrivait, jetait un œil averti et
atterré, bidouillait trente seconde et c’était sublime. Rien à dire, c’était le meilleur. Du temps de sa splendeur, il était chargé de la crèche de l’hôpital de Narbonne, une sublimité monumentale, avec moulin qui tourne pour de vrai, lumières et eau qui coule. Chez nous, la sainte famille, après s’être fait virer de partout comme c’est écrit dans les livres, trouvait l’asile dans une jolie maison en bois, avec de la paille et de la lumière, limite chauffage central. Je l’ai toujours la maison. Depuis que Papi a eu le mauvais goût de nous quitter, faire la crèche, c’est un moment sacré, où je sais qu’il regarde par-dessus mon épaule et qu’il se marre parce que franchement, je m’y prends comme une quiche (le côté lorrain, évidemment).
Du coup, vous comprendrez que la récupération politique de ce rituel si intime m'exaspère au plus haut point. J'en fais une affaire personnelle.

C’est où qu’on crèche ?

Dans son film Mon père est ingénieur, Robert Guédiguian évoque une crèche laïque, sans présence de Jésus, juste ces modestes santons, représentation naïve d'un petit monde provençal d'un autre âge. C'est un des aspects de la crèche qui me tient à cœur, ce moment de concorde où les bergers se mêlent aux pêcheurs, où les bohémiens hauts en couleurs côtoient les belles arlésiennes richement vêtues, où le curé et le maire échangent fraternellement, loin des revendications identitaires...

Et puis il y a les Rois mages... Ah, les Rois mages. En réalité, c'est là que j'ai attrapé les nerfs.
Voilà qu'en Moselle, encore et toujours la Lorraine, on s'étripe autour des Rois mages. Déjà, les Rois mages, ils ne sont pas encore arrivés, à cause d'un de leurs chameaux qui trainait la jambe (Yvan Audouard, La Pastorale des santons de Provence). Chez moi, ils attendent dans la bibliothèque avec le petitou, qui naîtra demain soir, chaque chose en son temps.

Hugo van der Goes, dans son retable dit de Monforte, daté de 1468-70,

Copy the BEST Traders and Make Money : http://bit.ly/fxzulu
Hugo van der Goes, dans son retable dit de Monforte, daté de 1468-70,

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C’est où qu’on crèche ?

Les Rois mages de la navrante polémique mosellane, si vous les avez vus, ils sont vilains comme tout, et tous les trois blancs comme des culs. Allons donc. Tant qu'à récupérer les symboles, les traditions, autant le faire un minimum avec finesse. Oui bon, la finesse... Sans trahir de manière aussi ridicule. Oui bon, le ridicule... Je peux pardonner certaines formes d'ignorance, mais l'inculture triomphale, revendiquée, malhonnête, c'est pire que tout. Les Rois mages, c'est le monde accouru au berceau de l'humanité, c'est la richesse et la beauté qui se prosternent devant le dénuement, c'est l'ONU à Bethléem ! Ou alors, mais il fallait le dire, on veut revenir à une représentation de l'adoration des Mages d'avant Hugo van der Goes qui fut, pense-t-on le premier à avoir représenté un Balthazar africain en 1470, à moins de vouloir s'en tenir à une vision de cet épisode d'avant Bède le Vénérable, mort en 735 et auteur de ce texte :

Le premier des Mages s’appelait Melchior ; c'était un vieillard à cheveux blancs et à la barbe longue ; il offrit de l'or au Seigneur pour reconnaître sa royauté.
Le second, Gaspard, jeune encore, imberbe et rouge de peau, lui offrit de l’encens pour reconnaitre sa divinité.
Quant au troisième, au visage noir et portant également toute sa barbe, il avait nom Balthazar ; il présente de la myrrhe sachant que Jésus, Fils de Dieu était aussi fils de l'homme, et, comme tel, il devait mourir pour notre salut.

C’est où qu’on crèche ?

Évidemment que ces personnages ont changé de forme et de couleur au fil de l'Histoire, s'il ont jamais existé, ne soyons pas bêtes. Oui bon, la bêtise...
Ma crèche, cette année, ressemble à un immeuble, une tour de Babel, on s'y promène tranquillou, comme tous les ans. Et on voudrait simplement avoir la paix. Vous savez, celle que l'on souhaite sur la Terre, aux hommes (et aux femmes) de bonne volonté...

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